Tendances

Le Burning man est-il has been ?


Vous avez sûrement déjà entendu parler du Burning man, sa mythique ville éphémère de Black Rock ou encore de ses « burners », plus excentriques les uns que les autres. Une utopie en plein milieu du désert où, pendant une semaine, la communauté prime, les échanges marchants sont proscrits, la création collective est encouragée et où un gigantesque homme de bois (The Man) est brûlé pour célébrer la fin de cette parenthèse festive. Mais « le Burning man, ce n'est plus ce que c'était... », les burners, les vrais, vous le diront... Le festival change, et ce n'est pas forcément dans le bon sens. Décryptage d'une transformation.


Concrètement le Burning man c'est quoi ?

 

A l'origine, il s'agit d'une utopie temporaire : une semaine au milieu du désert du Nevada, loin de toute obligation sociale, de tout rapport capitalistique, hiérarchique... Ce qui prime ? La communauté, l'égalité entre les burners, l'entraide, la création collective... Un festival aux allures de fête païenne, où il n'existe que 10 règles : l'inclusion radicale, la pratique du don, la décommercialisation, l'autosuffisance, l'expression de soi, l'effort commun, la responsabilité civile, la participation, la culture du moment présent, le tout en respectant le « Leaving no trace » caractéristique de chaque fin de festival, aucune trace ne doit subsister, comme si Black Rock n'avait été qu'un mirage.

 

 

Vous l'aurez compris, le Burning man, c'est un festival où « il n'y a pas de spectateurs, que des participants », la programmation est créée par les burners, et tout, des campements, au temple en passant à la crémation, est œuvre d'art. Pas étonnant que ce festival où (quasiment) tout est permis soit le nouvel El Dorado de tout festivalier qui se respecte...

 

Quand les traditions sont bousculées...

 

Nouveaux publics, nouvelles attentes, difficultés de gestion et mutations. Le Burning man n'est plus ce qu'il était... Has been ? peut-être pas... nouveau festival à la mode ? Certainement, avec tout ce que cela implique, et notamment les dérogations (plus ou moins acceptées) aux règles de Black Rock.

« Leave no trace »... ou presque

Le nombre de déchets résiduels abandonnés sur le site est en constante hausse. Côté écologie il y a un certain laisser aller : des tonnes de générateurs sont amenés sur le site pour alimenter chars, scènes, œuvres d'art... Un aéroport éphémère a même été mis en place pour acheminer certains burners...

 

Black Rock City

Black Rock City

 

Le Burning man est-il toujours accessible ?

Alors qu'en 1995, une place coûtait 35 $, il faut aujourd'hui débourser entre 390 $ et 1200 $ pour entrer à Black Rock, sans compter le pass véhicule et vos vivres pour la semaine... Le Burning man, ouvert à tous sans distinction sociale, est-il aujourd'hui réservé à « une élite » ? En tout cas, il n'est plus rare d'y apercevoir stars et autres golden boys de la Silicon Valley comme Marc Zuckerberg, ou Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Des personnes fortunées qui ont des envies particulières, et souvent en contradiction avec les principes du Burning Man. En 2014, le festival a ainsi vu fleurir des camps VIP tout confort, incluant Wifi (pourtant prohibé sur le reste du site), air conditionné et jet privé, le tout pour la modique somme de 25 000 €.

 

S'affranchir des traditions, à quelle(s) condition(s) ?

 

Pas étonnant que les puristes se plaignent et que les critiques fusent. Le festival a changé c'est indéniable, mais le message et les valeurs véhiculés par l'organisation sont toujours les mêmes depuis sa création. C'est sans doute là que réside le problème, sur cette inadéquation entre message transmis et réalité. Alors, jusqu'où faut-il aller en événementiel pour toucher un public plus large ? Faut-il aller jusqu'à renier ses origines ? Aller à l'encontre d'un public fidèle et averti ? Des questions qui se posent pour tous les festivals à forte valeurs morales, qui perdurent et se transforment. S'il n'y a pas de solution miracle, il s'agit avant tout d'affirmer et d'assumer son positionnement, quel qu'il soit, pour ne pas biaiser les messages et les festivaliers.

 

Auteur : Marie Savoret


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