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Interview de Pierre Schneider, de 1024 Architecture


Pierre SchneiderDans le cadre de la semaine digitale 2014, les artistes du label 1024 Architecture ont posé leurs valises à Bordeaux pour installer trois de leurs œuvres.

Rencontre avec Pierre Schneider, co-fondateur du label, qui nous parle de leur histoire, leur travail, leurs inspirations et leurs futurs projets.


Pour commencer, peux-tu nous dire un mot sur 1024 architecture. Comment et pourquoi tout a commencé ?

 1024 architecture, c’est tout un parcours, tout une histoire. Tout a commencé en 1996 sur les bancs de l’école d’architecture de Strasbourg où j’ai rencontré François Wunschel, mon associé. Depuis, on collabore et on travaille ensemble. Pour notre diplôme d’architecture, on a monté, avec trois autres étudiants en architecture, un collectif qui s’appelle EXYZT, et en 2007 on a créé notre Label, 1024 architecture, qui fonctionne désormais comme une boite de production.

 

D’ailleurs, 1024 architecture, d’où vient ce nom?

Çà correspond tout simplement à 2 puissances 10, c’est un nombre binaire. Les nombres binaires sont très utilisés en informatique et notamment pour les résolutions des écrans d’ordinateur ou des vidéos projecteurs. La résolution standard d’un écran, c’est du 1024 pixels. Notre nom définit en quelque sorte notre domaine d’intervention, entre une architecture physique et numérique.

 

1024 tesseract © Stéphanie Le Frapper

 

Concrètement, comment définis-tu ton travail ? Tu te définis plutôt comme un architecte, un artiste ?

Justement, à la frontière entre tout ça ! A cheval entre le monde de l’architecture et le monde de l’art numérique, et donc on se définit en fonction des milieux, en inversement proportionnel. Dans le monde des architectes, on se définit comme artistes, et dans le monde de l’art digital, de l’art numérique et de l’art contemporain, on se raconte architectes, on joue un peu de ces deux casquettes là. Concrètement, on est architectes de formation, artistes de déformation.

 

Avec quelles technologies travailles-tu ?

Un mélange entre un monde réel et un monde virtuel. On travaille avec des ingénieurs, des mecs qui calculent nos structures, pour ce qui est du domaine de la construction, comme pour le Vortex à Darwin, qui a demandé de sérieuses études et de nombreux calculs. On utilise également des technologies au niveau numérique et digital, ce sont les programmes que l’on créé nous mêmes.

Finalement, on créé nos propres outils informatiques, comme MadMapper, qui contrôle l’enseigne devant l’hôtel de ville (ndlr installée devant l’hôtel de ville pendant la semaine digitale à Bordeaux), qui contrôle le Vortex à Darwin. Par contre, pour le Tesseract, on utilise le logiciel Tesseractor, qui permet de contrôler nos installations.

Dans notre travail, il y a toujours trois aspects. Le premier est l’aspect scénique, architectural, donc ce qui touche à la construction physique. Ensuite, il y a la création du contenu visuel et sonore, la musique et les images qui vont être diffusées. Enfin, le troisième aspect, c’est le programme informatique qui permet à tous ces éléments de dialoguer.

 

Vous avez sorti un logiciel MadMapper. Avez-vous un retour de ce que d’autres utilisateurs font de ce logiciel ?

Bien sur, nous avons énormément de retours, de part notre support et notre blog. Et on est très content évidemment, ça pousse la technologie et la discipline, dans des directions nouvelles et innovantes, qu’on ne pourrait pas imaginer.

 

On est actuellement à Darwin, où vous avez installé votre œuvre le VORTEX. Comment ce projet est-il né, et pourquoi Darwin ?

Quand je suis arrivé à Bordeaux, c’était pour visiter la base sous marine,  pour la semaine digitale, suite à l’invitation de Benoit Guérineau. Une amie architecte, qui travaille sur le concours de la suite Darwin, m’a vivement conseillé d’aller faire un tour à Darwin, et de rencontrer Philippe Barre.

Une fois à Bordeaux, j’ai donc rencontré le lieu, et le personnage ! Il m’a fait visiter l’ensemble de ce projet incroyable, et m'a fait une commande de projet, en parallèle de la semaine digitale.

Les choses se sont faites de manière assez rapide, et immédiate. C’est ce genre de rencontres rares avec un lieu, avec une personne, qui rende les choses possibles de manière accélérée.

 

vortex_darwin_14102014.003© Vortex by 1024 architecture

 

Pendant la semaine digitale, vous avez installé votre projet Tesseract à la base sous-marine. Peux-tu nous parler de ce projet, son histoire et son futur ?

Tesseract, c’est un projet que l’on a imaginé en 2013, qui est la prolongation d’un projet que l’on a réalisé avec Vitalic. On a utilisé cette technologie que l’on a mise dans un espace tridimensionnel.

On l’a montré tout d’abord devant le digital center de Vancouver, il y a un an. On a ensuite était invité au Glow festival à Eindhoven, au Signal festival à Prague, et c’est la première fois qu’on le joue en France, et en parallèle on l’installe à Mexico.

Pour installer ce projet, on cherche des situations urbaines et architecturales intéressantes. On a eu pas mal de propositions en France,  notamment une proposition sérieuse du festival Scopitone à Nantes, qui nous proposait d’installer Tesseract dans le château des ducs de Bretagne. Ça nous aurait beaucoup plu, mais pour plusieurs raisons, on a préféré le faire à la base sous marine.

 

On peut dire que la base sous-marine est un endroit assez particulier. Est-ce que tu as des critères ou des préférences quant aux endroits où installer vos œuvres ?

On cherche des lieux bruts, insolites, puissants, Tesseract c’est une œuvre d’échelle assez importante. Quand Benoit m’a parlé de la base sous marine, j’en avais déjà entendu parlé, j’ai tout de suite pensé que ça serait dément. Je lui ai dit : Dis moi juste quelle hauteur elle fait ? Il m’a rappelé quelques minutes plus tard en me disant 11 mètres de haut. Ça rentrait à 50cm près, c’était parfait.

 

Quel a été ton endroit préféré pour installer les œuvres de 1024 et pourquoi?

La base sous marine en fait partie, c’est sur. On a aussi fait la Boombox à Taipei dans un endroit incroyable, à Taipei Artist village, une ancienne favela taïwanaise, installée sur une petite montagne. Un lieu totalement improbable en plein centre urbain de Taipei, c’était magique. On a fait la même Boombox à Enghien-les-Bains sur une scène flottante. On rencontre souvent des lieux insolites et c’est ce qui nous plaît. On est sensible à ce genre de lieux particuliers, qui ont des énergies, des auras, qui ont de la gueule.

 

tesseract 5 © Stéphanie Le Frapper

 

Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de créer des œuvres éphémères?

C’est une territoire d’expression, un territoire de libertés plus grand, et de folie, où l’on peut expérimenter des choses bien plus que dans les architectures pérennes, qui sont soumises à beaucoup de lourdeur administrative,  de normes...

L’éphémère, c’est une dimension de temps qui fonctionne très bien, comme par exemple à la base sous marine qui est un endroit puissant, présent pour l’éternité. Le Tesseract, c’est un objet puissant qui est présent seulement pour quelques jours, et je trouve  que cela amplifie le contraste entre l’œuvre et le lieu, entre l’un qui est ancré dans l’histoire, dans le béton pour toujours, et l’autre qui est en structure légère, qui s’installe, et qui disparaît au bout de quelques jours.

 

Est-ce qu’il y a un projet architectural qui te fascine ?

Il y en a énormément, c’est très difficile. Je peux en citer un qui fait écho à notre travail, le premier de ce type qui m’a procuré de l’émotion, c’est la tour des vents de Toyo Ito à Tokyo, composée de circuits d’extraction du métro situé juste en dessous. Sa tour, Toyo Ito l’a équipé de lumières, et elle réagit en fonction de l’intensité de l’activité. C’est quelque chose qui m’a beaucoup influencé, et ce sont des choses que je cherche à faire comme au Vortex, des architectures qui réagissent à une activité, qui sont organiques, qui sont vivantes. C’est donc une référence architecturale importante pour moi.

 

En tant que blog évènementiel, c’est intéressant pour nous de rencontrer des artistes qui grâce à une œuvre, arrive à créer un évènement que l'on peut qualifier de magique. Est-ce que tu peux nous parler d’un évènement auquel tu as assisté et qui t’a marqué ?

Tous les évènements sont marquants en générale, après il y a des registres différents. On est des habitués du Mapping festival à Genève, qui est un événement foisonnant et passionnant. C’est un peu la Mecque du Mapping Video, et de la technologie que l’on développe aujourd’hui. Ce festival a été d’une influence importante dans notre parcours. C’est pour nous le rendez vous le plus incroyable du monde, par rapport à notre cœur d’activité.

 

Vous ne cessez de nous étonner. Quel est le prochain projet de 1024 ?

On travaille actuellement sur pas mal de choses, on va rentrer dans les mois d’hiver, et donc d’hibernation pour nous. On a plein de pistes, on est un vrai laboratoire. On travaille sur des structures augmentées, des impressions 3d, des systèmes de tableaux augmentés... Bien sur, il y a des choses qui n’aboutiront jamais, d’autres qui prendront des directions que l’on imagine même pas.

 

Est-ce qu’il y a une technologie que vous rêvez de créer ?

Oui, et on est justement en train de le faire! Ça va s’appeler le MadFramework. On a encore un an de travail. On va créer notre propre Framework, qui va nous permettre de faire notre travail, en script temps réel, de parler directement à l’ordinateur  pour qu’il fasse en temps réel ce que l’on souhaite qu’il fasse. Finalement, on est en train de créer l’outil dont on a absolument besoin et qui n’existe pas, et si tout va bien dans un an on l’aura.


 

Auteur : Stéphanie Le Frapper


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